La mort

Sujet tabou à bien des égards, qui effraye autant qu’il fascine et que bon nombre d’entre nous préfère éviter.

Pour autant, la mort mettrait-elle effectivement fin à la vie ?

Trois points de vue parmi tant d’autres…

 

I. Pour certains, la mort est définitive

Je connais quelques personnes pour qui la Mort représente l’effacement de leur existence tout court. Elles se fichent de ce qu’il se passerait après la leur, puisqu’elles ne seraient plus là pour la voir.

Pour elles, il n’y a pas d’après. Elles meurent un jour en laissant derrière elles des souvenirs qui finiront, à la longue, par disparaître. Tout comme leur corps pour lequel elles choisissent l’incinération et la dispersion des cendres, afin d’aller jusqu’au bout de l’état d’esprit.

Le néant après la vie.

 

1. Comment envisager ce néant qu’est la mort ?

Serait-ce une page blanche sur laquelle notre vie est écrite au fur et à mesure qu’elle passe ? L’encre s’effacerait à un rythme plus lent, le temps de vivre chaque chapitre.

Lorsque que nous mourons, plus rien n’est écrit. L’effacement continue encore un peu et puis vient le moment où il n’y a plus rien à effacer. Nous disparaissons sans laisser de trace et la page redevient blanche. Nous ne sommes plus. Le blanc infini d’une existence disparue. Le néant de l’être dans son absolue nullité.

 

2. Que devient la conscience après la mort ?

Il n’y a, dans le néant, rien de ce que pourrait produire une pensée.

Pour qu’il y ait pensée, il faudrait une conscience.

Or la conscience appartient aux vivants.

Nous faisons le choix en faisant de notre mort ce néant, de ne pas en disposer et de nous soustraire à toutes pressions psychologiques environnantes de notre vivant.

Il ne nous reste plus qu’à vivre pleinement sans aucune culpabilité et sans remord. Puisque rien ne reste, ne sommes-nous pas libres de faire ce que nous voulons ?

Ou, est-ce que notre conscience nous contraint-elle, de notre vivant, à une bienséance, nous enfermant malgré nous dans des schémas prédéfinis ?

Par ailleurs, les souvenirs que nous laissons, appartiennent uniquement aux vivants qui les entretiennent.

Pourtant, notre égo « vivant » peut-il véritablement accepter cet état de fait ?  Je fais ce que je veux de mon vivant parce que mon existence ici-bas est effacée après ma mort… mais je ne veux pas que l’on dise du mal de moi, après trépas. Sommes-nous véritablement libres de profiter de notre vie, dans ce cas ?

 

3. Néant – Conscience = Mort définitive

Dans un premier temps, il faudrait arriver à se défaire du poids de nos conditionnements. Ensuite, il faudrait arriver à se soustraire des enfermements dans lesquels la société nous contraint. Puis, fort de cette libération, se regarder en face et assumer ce que nous sommes et ce que nous faisons. Et enfin, faire un doigt d’honneur au monde entier, à la terre entière, au Cosmos… pour vivre comme bon nous semble !

Une chose me semble indéniable dans ce cas précis : il n’y a plus de « Nous » après la Mort définitive car « Je » n’est plus. Fin.

 

II. Pour d’autres, la mort est un recommencement

Dans les cultures asiatiques (bouddhisme, hindouiste, etc.) on considère l’esprit comme la partie la plus importante du corps humain. Il survit après la mort physique du corps et est réincarné dans une autre enveloppe corporelle conditionnée par les caractéristiques mentales reportées de la vie précédente. A cette réincarnation s’ajoutera les influences du nouvel environnement : le Karma.

Le Karma représenterait donc la causalité intentionnelle de nos actes de vies antérieures, des responsabilités qui en découlent et dont nous héritons des conséquences dans notre nouvelle vie.

 

1. Comment l’esprit passe-t-il d’un corps à un autre après la mort ?

Lorsque le corps physique meurt, il perd le contrôle de son processus mental et ses actions de son vivant sont libérées sous forme d’énergie que l’on appelle l’âme.

Etant donné que celle-ci ne meurt pas, il voyage à travers le Cosmos en libérant peu à peu les souvenirs de l’existence qu’il vient de quitter, jusqu’à sa prochaine réincarnation qui sera conditionnée par le Karma.

A ce moment-là, une nouvelle enveloppe corporelle dans laquelle il pourra se réincarner, lui sera accordée.

Il semblerait que pour les Bouddhistes, puisque la personne n’existe plus, ce qui se réincarne ce sont des éléments de la personnalité. Il peut s’agir des souvenirs, des craintes, des désirs, etc. Ceux-ci ne se réincarnent pas forcément dans la même personne. Plusieurs personnes peuvent donc hériter des traits de personnalité d’une même personne décédée.

Alors que pour les Hindouistes, c’est la même personne qui revient.

 

2. Enfer ou Nirvana, après la mort ?

Enfer et Nirvana ne sont pas des lieux, mais des états d’existence de l’esprit dans lesquels la Mort est un passage qui nous permet de passer à une renaissance répondant à notre Karma.

Chez les Hindouistes la mort n’est pas considérée comme dramatique, mais plutôt comme un passage, une transmigration de l’âme qui libère le défunt en lui permettant d’accéder à un meilleur état que celui obtenu de son vivant.

Selon nos actes, nous serions amenés à côtoyer l’Enfer si nous avions précédemment voué notre vie aux plaisirs immoraux (Karma négatif) ou prétendre au Nirvana si nous avions été bons (Karma positif).

Nous nous réincarnons alors dans une vie (animal ou corps subtil démoniaque) faite d’épreuves et de souffrances ou dans une autre vie, faite de plaisirs célestes (corps humain ou force divine).

 

3. La mort est une mutation

Le moment de libération que représente la mort est vécu comme fort dans le bouddhisme. Le Bardo Thödol, « Le Livre des morts tibétain », décrit les états de conscience et les perceptions qui se succèdent de la mort à la réincarnation. Le Bardo se décompose en trois états successifs, sur 49 jours :

Le Hchi-Khahi-Bardo ou étape du trépas

Décrit l’instant T de la mort où l’esprit du défunt qui aura eu une vie spirituelle développée, prendra conscience qu’il est détaché de son corps physique, reconnaitra et acceptera la Claire Lumière dans son état de pureté primordiale et la suivra. Il pourra ainsi échapper au cycle de renaissance. A l’inverse, un défunt qui n’a pas eu une vie spirituelle saine, ne verra pas la luminosité brillante et sombrera dans l’inconscient où sa conscience s’estompera totalement, jusqu’à l’étape suivante.

Le Chos-Nyid-Bardo, ou étape de l’expérience de la réalité

Elle survient pour celui qui n’aurait pas reconnu et suivi la Claire Lumière. Il se trouvera confronté à deux luminosités : l’une brillante, associée à notre part de lumière (Karma positif) et l’autre beaucoup plus terne, associée à notre part d’ombre (Karma négatif). Le défunt sera naturellement attiré par celui qui correspondra à ses actes de son vivant. Toutefois, la lecture du Bardo Thödol par un Lama, pourrait lui permettre de prendre conscience de son état de mort et modifier l’aptitude naturelle de son Karma afin de choisir la luminosité brillante. Dès lors, sa conscience se réveillera et il apercevra des divinités paisibles et courroucées qui sont les représentations de sa conscience. C’est un stade important où le disparu peut encore éviter d’être réincarné ou du moins améliorer ce processus.

Le Srid-Pahi-Bardo, ou étape de la renaissance

Concerne l’apparition de l’instinct de la naissance et du prénatal. « Cette étape clôt la métamorphose ; l’esprit retrouve ses sensations, revoit ses proches, juge ses actions passées, avant d’être ingéré par l’entité de la Mort Yama, ce qui aboutit à sa résurrection dans un nouveau corps.Durant toute cette période, le mort doit pouvoir s’appuyer sur la quiétude et les prières de sa famille et des moines. On utilise notamment le Bardo Thödol, livre sacré consacré aux défunts, dont les mantras facilitent la libération de l’âme. »

L’esprit peut alors habiter, après une nouvelle naissance, dans un autre corps.

 

4. La vie, sans fin… ou presque.

Le bouddhiste vit, meurt et se réincarne en fonction de la vie qu’il aura menée et du Karma qui en découlera. Ce qui le pousse à la constante recherche de l’élévation de son esprit, de son vivant.

Ainsi à sa mort, il expérimentera uniquement les états les plus spirituels du premier jour : le Hchi-Khahi-Bardo. Le Nirvana lui sera alors acquis par son seul fait et il n’aura plus à renaître.

Les esprits ordinaires, eux, expérimentent les trois étapes du Bardo dans une recherche perpétuelle du Nirvana, qu’ils n’atteindront qu’à un état de conscience supérieure, communément nommé « éveil spirituel ». Quoiqu’il en soit, l’âme est irrémédiablement immortelle dans ce cas.

 

III. Pour un grand nombre, la mort est un passage

Les chrétiens voudraient que la Mort soit la fin de notre vie physique sur terre et le début de notre vie spirituelle avec Dieu.

La mort est ainsi le passage à la vie éternelle, pendant lequel le corps est séparé de l’âme qui continue à subsister, dans l’attente d’être réunie à son corps glorifié lors de sa résurrection. « La résurrection concerne toute la personne, explicite le P. Jean-Pierre Brice Olivier, dominicain et auteur de Oser la chair. La chair telle que le christianisme la conçoit est la personne tout entière, corps, âme, esprit, tout ce qu’elle a bâti, souffert, aimé, toute sa vie. »

 

1. Un chemin qui mène au Père

Dans la religion chrétienne, la vie est un pèlerinage : un chemin fait d’obstacles à surmonter et d’expériences à traverser qui au bout du compte ramène à Dieu, le Père.

Pour autant, selon les directions prises lors de ce pèlerinage, certaines règles sont à respecter pour arriver jusqu’à Lui. L’homme est responsable de ses actes sur terre et c’est au jugement de son âme, devant Dieu et tous les saints, qu’il méritera d’aller dans la lumière du paradis ou au « séjour des morts ».

 

2. Le jugement dernier

Le temps est passé où les chrétiens pensaient, du fait de leur baptême, être sauvés après la Mort, les enfers étant réservés aux païens.

Ils savent désormais, depuis quelques siècles déjà, que l’enfer guettent tous les pêcheurs, même les chrétiens qui se retrouvent également dans l’angoisse d’une mort susceptible de les conduire à la damnation.

Dès lors, il ressort des différentes interprétations une grande tendance : on meurt, on est jugé. Puis selon les cas, la félicité du paradis qui mène à Dieu, pour ceux qui auront accepté l’Amour divin ou bien les feux éternels de l’enfer, pour ceux qui auront agi contre Lui ou encore le purgatoire pour les âmes des justes qui attendent d’accéder au paradis.

Le paradis étant le lieu où les âmes justes, qui ont voué leur vie au Bien, jouissent d’un éternel paradis d’amour avec les anges et Dieu.

L’enfer, quant à lui, regorgerait de créatures démoniaques cuisant dans un brasier infini dans lequel ils expient tout le mal fait sur Terre.

Quant au purgatoire il est une étape transitoire ou les âmes des justes expient et se purifient de leurs péchés avant d’accéder au paradis.

 

3. Foi + Mort + Jugement = Vie éternelle

Dieu est source de vie et nous la recevons comme un don qui nous vient de Lui, depuis notre naissance jusqu’à notre décès.

Nous ne disposons d’aucune autre maîtrise sur notre existence que celle de vivre dans la foi et servir le Bien. Pour cela Il nous a accordé le libre arbitre.

A la fin de notre vie physique, notre âme immortelle passe en jugement et est ensuite vouée à une vie éternelle de félicité, de souffrance ou de pénitence en attente de la résurrection qui nous est promise à la fin des temps où tous les morts depuis Adam et Ève reviendront à la vie.

 

IV. In fine

La mort est définitive et c’est tant mieux pour certains !

Elle met un terme à une vie bien vécue ou pas, heureuse ou malheureuse. Peu importe, du moment que cela prend fin un jour ou l’autre.

La vie réincarnée, pourquoi pas ? Mais bien fatigante à la longue, non ?!

A moins rompre le cycle, de l’éternel recommencement, en devenant un être idéal dépourvu de vénalités.

Un passage… difficile à dire. Le pouvoir des croyances et de la foi sont impénétrables.

Au final, la seule vraie notion de la Mort n’est-elle pas véritablement celle en accord avec nous-même ?

 

1. Mon rapport à la Mort

Longtemps j’ai cru en la Mort au travers du prisme du christianisme et j’ai eu peur. Peur de vivre ma vie, dans la crainte permanente de l’Enfer. Qui a envie de cuire et rôtir indéfiniment dans un brasier ?

Quelques années en internat chrétien m’ont conditionné à ne faire que le « Bien », me culpabilisant à chaque écart et pensée qui n’iraient pas dans ce sens. J’ai donc encaissé insultes, humiliations, vexations. Subi maltraitances physiques, émotionnelles et psychologiques en courbant l’échine. Accepté de tendre ma joue gauche pour mériter le Paradis. Tout cela au nom de la crainte de cet enfer dans lequel Il m’enverrait si je n’étais pas une bonne personne et si je rendais les coups…

Et puis un jour, je ne sais pourquoi et quand exactement, une personne m’a dit : « Penses-tu vraiment que celui que vous nommez Dieu et qui est votre Père censé être Amour, vous envoie brûler dans un feu éternel après votre mort si vous n’aviez pas été de bons petits enfants ? Eh bien, moi perso, je n’aimerais pas être son enfant à ton Dieu »

Cette phrase a longtemps tourné dans ma tête. J’en ai fait des cauchemars. Je suis parent et jamais au grand jamais je ne souhaiterais cela à mes enfants, quelles que soient les bêtises qu’ils feraient.

Mais alors, est-ce bien Dieu qui a créé la notion de Paradis pour les méritants et d’Enfer pour les indignes ? Cela me semble inconcevable.

 

2. La Mort, comme je veux !

S’il y a une chose que j’ai bien retenue de mon éducation chrétienne, c’est que Dieu est notre Père et qu’Il est Amour, qu’Il aime les enfants que nous sommes, qu’Il nous a laissé le libre arbitre pour vivre notre vie comme nous l’entendons et qu’en plus Il ne nous fera jamais de mal.

Dès lors, j’ai fait ma tambouille et décrété que la Mort me ramènera à Dieu le moment voulu. Que lorsque je Le retrouverai, ce Père plein d’Amour continuera à m’aimer malgré toutes mes erreurs sur Terre. Ces bras seront mon Paradis.

J’ai décidé par ailleurs, que l’Enfer était ici-bas. Que le poids de mon existence avec tout ce qu’elle comporte de traumatismes, de soucis, d’angoisses, de blessures, de maladies, d’agressions, de galères, de personnes malveillantes, de fractures et j’en passe…  était mon chemin de croix.

 

3. Vie y es-tu, Mort y vas-tu ?

Vie y es-tu ? Oui j’y suis pleinement !

Sans culpabilité et en accord avec moi-même quel que soit le poids de ma croix.

Mort y vas-tu ? Oh que oui !

Quitter un jour l’Enfer pour le Paradis : un kiff !

 

Citation

« Le miracle de votre esprit », Joseph Murphy

Aujourd’hui encore, il existe passablement des gens qui se font une idée tout à fait erronée de Dieu. Ils se le représente comme un Dieu de justice et de vengeance, prompt à leur envoyer peine et douleurs. Il ne faut pas s’étonner qu’une telle représentation de Dieu soit une source de défaite. Avec une conception aussi fausse de la nature de Dieu, votre foi ne vous apportera que tracas et tourments. Celui qui pense ainsi doit s’attendre à une vie obscure de ténèbres et d’angoisses. Votre subconscient projette dans votre vie, comme sur un écran, votre représentation du monde. »

 

Sources

Enterrement hindouiste : cérémonie et rites

La Mort. Un choix pour la Vie

Bouddhisme et rituels funéraires

La résurrection des corps

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