Difficile de se mettre d’accord sur la question des émotions. Tout le monde sait ce dont il s’agit, jusqu’à ce que l’on demande de la définir. Mais alors, d’où viennent-elles ? Quelles en sont les causes ? Comment se manifestent-elles ? Comment les appréhende-t-on ?
I. Emotions, notion de base
1) Définition
Une émotion est un état affectif conditionné par une stimulation de l’organisme et/ou de l’esprit. Elle est brève et affecte de façon « agréable » ou « désagréable », « sécurisante » ou « inquiétante » chaque individu.
2) Caractéristiques
Certaines théories s’accordent à dire que les émotions naissent des sens (modes de perception) qui confèrent à une situation ou un objet une signification particulière selon les cadres de référence (croyances) et les préférences personnelles (attitudes) de chaque individu.
Cette signification suscitée par un stimulus fait naître une émotion. Il s’agit là de voir l’émotion comme cette étincelle qui allume la mèche.
Instantanément, le cerveau va évaluer la situation et décider de la façon la plus appropriée pour réagir, créant ainsi un bouleversement neurologique.
Ce bouleversement va induire une réponse de l’organisme qui va s’adapter à la situation par des modifications multiples et complexes de nature :
- Physique : les muscles de la nuque se tendent ;
- Expressive : renfrognement du visage ;
- Cognitive : interprétation et interaction avec l’environnement ;
- Comportementale : modification de l’attitude.
Puis, vient le sentiment subjectif que l’on ressent dans la foulée. Ce sentiment s’impose à notre conscience comme un fait absolu et conduit généralement à une série de jugements/croyances conscients que l’on pose, entraînant ainsi un réajustement intérieur et des modifications de l’état psychologique.
L’amour, la haine, l’angoisse, la jalousie, entre autres, en sont les exemples typiques. A la différence de l’émotion, le sentiment se distingue par sa durée, son intensité, son vécu et persiste même en l’absence du stimulus.
Dans ce processus, la durée de l’émotion, à proprement parler, est de l’ordre de la fraction de seconde. Elle disparait aussi vite qu’elle est apparue, pour laisser instantanément place à un ensemble de réactions que l’on peut définir comme étant des états émotionnels.
Ces états sont unanimement observables et s’accompagnent de sentiments intériorisés et propres à chaque individu.
3) Classification
Selon l’approche la plus courante, il existe deux catégories d’états émotionnels :
a. Primaires ou de base
Les états émotionnels primaires sont la base universelle à tout individu et se développent en réponse à différents ensembles de situations récurrentes qui, au fil des générations, sont devenus innés et réflexifs.
Ils font donc partie de la construction mentale fondamentale qui motive et organise l’ensemble des comportements adaptatifs entre l’environnement perçu, aussi bien physique que social, et l’action engagée pour interagir avec lui.
La plupart des auteurs de théories en distinguent six prototypes :
- La joie : exaltation agréable et profonde.
- La tristesse : douleur morale qui annihile toute réjouissance.
- La colère : expression incontrôlable de mécontentement.
- La peur : prise de conscience d’un danger, d’une menace réelle, à venir ou imaginaire.
- Le dégoût : aversion envers une personne, une chose, une situation, etc.
- La surprise : sensation soudaine, nouvelle à laquelle on ne s’attend pas.
b. Secondaires ou complexes
Les états émotionnels secondaires sont dérivés des états primaires et affinent les caractéristiques distinctives de ceux-ci. Il en existe ainsi une très large palette, avec leurs variantes et combinaisons possibles, pour exprimer un état intérieur.
Par exemple l’anxiété ou l’irritation sont dérivées de la peur.
Les états émotionnels secondaires se développent avec notre éducation, se peaufinent avec l’expérience de la vie et donnent un sens particulier, un ensemble de conduites, de réflexes et une direction à l’humeur d’un individu.
Par exemple, un individu anxieux peut développer une méfiance excessive vis-à-vis de son environnement.
II. Chimie des émotions
1) Le cerveau
ACTIONS CEREBRALES DES EMOTIONS
a. Développement émotionnel du cerveau
Ce qui a été démontré ces dernières années c’est que le cerveau se développe tout au long de la vie et progresse vers la maturité de la nuque vers le front. Il met environ 25 ans pour arriver à maturité.
In utéro
Dès le 28ème jour, les premiers neurones se forment. Les cellules nerveuses sont comme des câbles électriques qui, reliés les uns aux autres, transmettent et stockent l’information.
3000 neurones sont créés chaque seconde et à 6 mois de grossesse on en compte 90 milliards. Le fœtus commence alors à reconnaître les syllabes prononcées par sa mère et fait l’apprentissage de sa langue maternelle.
A la naissance
Dans la tête du bébé, il y a 100 000 milliards de neurones. Dès cet instant, c’est l’environnement et l’apprentissage qui façonnent le cerveau de l’enfant. Les cortex visuel et auditif sont quasiment achevés pour lui permettre d’avoir accès aux perceptions sensorielles.
Le système cérébral le plus développé chez les enfants est le système limbique, le siège des émotions de base comme la colère ou la peur. C’est pourquoi l’enfant ne peut pas contrôler les émotions qu’il vit avec beaucoup plus d’intensité que les adultes.
La partie du cerveau qui contrôle les impulsions, les émotions, le cortex préfrontal, et les circuits neuronaux ne commencent à maturer qu’à partir de 5 ans.
Jusqu’à la puberté, le potentiel d’apprentissage est à son paroxysme. Le cerveau est d’une grande plasticité et les connexions entre les neurones sont très flexibles.
A l’adolescence
La vitesse de transmission des neurones passe d’un rapport de 1 à 100 mètres par secondes et les zones sous-corticales qui gèrent les émotions, appelés aussi « cerveau limbique » passent au haut débit tandis que le cortex préfrontal, siège de la raison, se développe de plus en plus ; les connexions neuronales qui ne servent pas sont éliminées ce qui a un effet direct sur le comportement des adolescents. En effet, les connexions entre le siège émotionnel et le siège de la raison ne cessent de se faire et de se défaire, créant ainsi une grande instabilité émotionnelle.
Ce qui explique que l’adolescent a de grandes capacités cognitives mais montre une instabilité émotionnelle.
Au jeune âge
Ce n’est qu’entre 18 et 25 ans que le cortex préfrontal mûrit. Cette zone dédiée aux responsabilités, planifications, définition des priorités et à la maitrise des émotions est encore plus efficace si les expériences et les interactions sociales ont permis à l’enfant puis à l’adolescent d’identifier, reconnaître, accueillir et réguler ses émotions sans les censurer, les nier ou les refouler.
A l’âge adulte
De 25 à 65 ans environ, les connexions sont établies et fonctionnent très bien avec 1,3 kg, 78% d’eau, 10% de graisse et 160 000 km de vaisseaux sanguins. Des nouveaux neurones continuent à se former en migrant vers les zones qui en ont besoin.
Le cerveau est ainsi comme un muscle, si on l’entraîne, on stimule la formation de nouvelles connexions ce qui rend tout à fait envisageable le fait qu’un individu a la capacité de modifier ses schémas mentaux.
b. Connexions fonctionnelles émotionnelles
L’apparition des techniques d’imagerie cérébrale – IRMf : Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle – ont permis de comprendre progressivement les structures en cause dans le cerveau.
Il a été ainsi scientifiquement prouvé que nos états émotionnels dépendent de plusieurs régions cérébrales interconnectées. En effet, il existe tout un système de réseaux cérébraux complexes qui montrent des activations et connexions neuronales significatives dans le circuit émotionnel :
- Lorsque le stimulus sensoriel est activé, les organes liés transmettent l’information au cerveau.
- Le Thalamus, centre de tri des informations sensorielles, dirige le stimulus vers les zones cérébrales appropriées, comme l’Amygdale.
- L’Amygdale, qui gère les émotions et la mémoire émotionnelle, détecte les émotions et se connecte au cortex et active l’Hypothalamus pour une réponse physiologique immédiate.
- L’Hypothalamus, centre des réponses viscérales et comportements émotionnels, déclenche les changements hormonaux qui préparent les réponses motrices (accélération du rythme cardiaque, sueur, contraction musculaire, etc.) et alerte le cortex cingulaire.
- Le cortex cingulaire dirige l’attention, analyse le stimulus et active le cortex orbitofrontal.
- Celui-ci juge le stimulus, prend une décision, ajuste le comportement au contexte et informe le cortex préfrontal.
- Qui à son tour analyse la situation et produit une pensée consciente.
Plus précisément, les émotions entraînent des modifications dans les connexions fonctionnelles entre différentes zones du cerveau qui communiquent et s’influencent réciproquement à travers la production et la libération d’hormones, certaines étant renforcées au détriment d’autres. Ce qui a pour conséquence de changer la qualité ou l’intensité de sa réponse à d’autres stimulus qui surviendraient par la suite.
Exemple
Dans la joie, le cerveau traite l’information émotionnelle puis libère les hormones suivantes, pour permettre au corps de réagir sans que nous en ayons conscience :
- La dopamine (hormone du plaisir)
- La sérotonine (hormone de la bonne humeur)
- L’adrénaline (hormone de l’excitation)
- L’ocytocine (hormone du lien social).
Toutes ces hormones seront à l’origine du fonctionnement de nos systèmes nerveux dont les rôles seront d’accélérer, canaliser ou freiner certaines fonctions de l’organisme afin de lui permettre de rétablir un équilibre intérieur.
2) Le corps
ACTIONS PHYSIOLOGIQUES DES EMOTIONS
L’être humain est doté de mécanismes neurobiologiques qui lui permettent de s’adapter aux modifications de son environnement, qu’elles soient physiques, sociales et/ou psychiques, dans le but de maintenir son équilibre interne tout en mobilisant l’énergie nécessaire au processus d’adaptation. C’est dans ce sens que dès qu’une émotion survient, tous les systèmes sont en alerte et réagissent.
Dans le cadre d’une situation stressante, l’amygdale envoie ses messagers chimiques vers l’hypothalamus. Le signal est aussitôt relayé vers l’hypophyse, puis vers les capsules surrénales qui, à leur tour, libèrent plusieurs hormones (cortisol). Le tronc cérébral s’éveille alors et met en branle tous les organes vitaux.
Des manifestations physiques internes et externes apparaissent comme l’accélération du rythme cardiaque, l’augmentation de la pression sanguine, la dilatation des bronchioles, l’augmentation du niveau de sucre dans le sang, la libération de sueur sur la peau, etc.
Mécanismes de survie
Cet ensemble de réactions est au cœur des mécanismes de survie. Normalement, tous ces effets sont passagers et disparaissent dès que le stimulus déclencheur cesse d’agir.
Pour autant, le sentiment subjectif qui découle de la situation émotionnelle peut persister et le processus adaptatif biologique s’enclenche avec des actions en chaîne qui tourne en boucle. Les capacités d’adaptation des organes et du corps tout entier sont alors dépassées par l’afflux constant d’inductions cérébrales. Le système nerveux finit par s’épuiser et après un certain temps et pour éviter toutes les sources d’anomalies, il adopte des mécanismes de protection, comme lors d’un court-circuit.
Disfonctionnement
En effet, au départ de l’émotion stressante, le système nerveux lui oppose une résistance. L’état émotionnel est alors de faible intensité et tout à fait contrôlable. Ensuite, à force de répétitions du stimulus, le système nerveux se fragilise et pour se protéger, il disjoncte en coupant toute activité. Comme en animal prit dans les phares d’une voiture. Il sait qu’il y a danger, mais il ne bouge pas, il se fige et attend de voir ce qu’il va se passer…
Les émotions s’écoulent alors librement, sans rencontrer de résistance et leur intensité devenue incontrôlable, provoque un échauffement des systèmes cérébraux, à tel point que le système immunitaire se dérègle et « attaque » l’organisme qu’il doit normalement défendre des agressions extérieures (bactéries, virus). C’est ainsi qu’apparaissent des maladies « auto-immunes » comme le diabète de type 1, la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ankylosante, le psoriasis, le lupus érythémateux disséminé, la maladie de Crohn, etc.
Somatisation
Un autre aspect des conséquences de ce dysfonctionnement est la somatisation. Elle constitue un moyen pour l’organisme de se protéger de souffrances intrapsychiques ou psycho-sociales et se caractérisent par des symptômes physiques (multiples, récurrents et variables) malgré des bilans médicaux négatifs répétés. Les troubles somatoformes concernent généralement l’appareil gastro-intestinal, l’appareil pelvien, la peau et se manifestent souvent sous forme de douleurs intenses et persistantes, passagères ou chroniques. On parle alors de troubles psychosomatiques.
Par ailleurs, une émotion, si elle est refoulée, va s’exprimer par le biais du corps. C’est ainsi qu’apparaissent des « nœuds » sous forme de maux de dos (lourde charge psychique), d’estomac comme les reflux gastro-œsophagien ou les ulcères, les gastrites (incapacité à « digérer » un événement), céphalées de tension (stress), fibromyalgie (douleurs musculaires profondes), rages de dents, gingivite (difficulté à communiquer), arthrose aux mains (repli sur soi sans volonté de communication extérieure), douleurs au cou, torticolis (incapacité à extérioriser ses idées), aux épaules (fardeau lourd à porter), aux hanches (incapacité à aller de l’avant ainsi qu’une grande résistance au changement), aux genoux (liberté de mouvement restreinte), etc.
3) L’esprit
ACTIONS PSYCHOLOGIQUES DES EMOTIONS
Il y a un esprit à l’intérieur du corps et les deux sont considérés comme opposés et en même temps complémentaires. Cette dichotomie représente l’expérience que les humains ont de leur corps physique et de l’appareil avec lequel il pense : l’esprit, qui fonctionne en grande partie, à l’aide d’états intérieurs (pensées, émotions, désirs, intentions, croyances, connaissances, etc.) lesquels ne sont pas directement accessibles ou même explicites.
C’est ainsi que la dichotomie est souvent perçue comme le matériel à l’opposé de l’immatériel.
Cette dimension de l’opposition n’est bien sûr pas toujours correcte puisque les états d’esprit ont une contrepartie matérielle : ils sont transformés par le cerveau qui les rendent visibles par des actions physiologiques et psychologiques. L’état d’esprit passe alors d’une phase irrationnelle à celle totalement matérielle d’état mental.
Associations subjectives
Parmi les états mentaux, l’émotion, pousse à l’action pour exprimer et communiquer avec l’environnement, en fonction des situations vécues.
Or, l’observation de ses situations, au fil d’années d’interactions avec l’environnement, se mue en croyances (ce que l’on considère comme vrai, indéniable) faisant de l’expérience de la vie, des associations libres d’idées subjectives qui, à leur tour, deviennent les instruments privilégiés de blocages émotionnels.
L’esprit se retrouve ainsi conditionné à des représentations raisonnées qui, au lieu de se transformer en mouvements adaptatifs, limitent l’individu dans l’usage des actes qu’il est censé avoir, face à des situations données.
III. Psychologie des émotions
1) Evaluation cognitive
Une évaluation cognitive est définie comme un processus à travers lequel un système traite l’information en y répondant par une action rapide, automatique et inconsciente. Sa fonction est d’évaluer les stimulus externes ou internes, perçus sur la base de critères particuliers.
L’évaluation cognitive représente donc une étape cruciale dans le déclenchement du processus émotionnel.
Dès qu’une situation ou un objet est jugé significatif pour un individu, un ensemble de jugements est posé de façon instantanée.
L’émotion surgit alors brusquement. Elle n’est ni volontaire ni raisonnée, dure une fraction de seconde et déclenche une série de réflexes qui s’orienteront vers différents mécanismes de défense et/ou de mécanismes adaptatifs.
En effet, par sa manière de la concevoir mentalement selon son groupe culturel et sa personnalité, son éducation et son histoire personnelle ainsi que sa perception du monde, l’individu examinera la situation sous différents angles :
- Est-elle nouvelle ou déjà vécue ?
- Est-elle « plaisante » ou « déplaisante » ?
- Dans quelle mesure il peut exercer une influence ou non sur son déroulement.
La stratégie de régulation qu’il mettra alors en place pour projeter à l’extérieur ce qui se passe en réalité en-dedans, pourra aller dans le sens d’une amplification des réponses émotionnelles tout comme dans le sens de leur inhibition selon la manière dont l’émotion l’affecte directement. Les réactions émotionnelles se rapporteront essentiellement aux épisodes de sa vie qui l’auront renforcé, transformé ou brisé.
Quand nous marchons dans la rue, quand nous rencontrons une personne, c’est par dizaines, par centaines, que ces évaluations cognitives arrivent en cascade.
Exemple
Prenons comme exemple deux individus qui se promènent dans la rue. L’un est français et l’autre nord-coréen. Il y a un contrôle de Police. Naissance de l’émotion : colère pour le premier et peur pour le second. Evaluations cognitives instantanées, réponses émotionnelles, sentiment subjectif :
Pour le français c’est déplaisant et cela le met en colère. Il se sent injustement contrôlé et refuse de présenter sa pièce d’identité considérant qu’il a des droits et que la Police ne peut exercer son autorité sur lui d’une façon arbitraire. C’est pour cette raison qu’il décide de ne pas suivre les agents au poste et fait un scandale dans la rue. Après quoi, il repart sans avoir été inquiété et tellement fier de lui qu’il s’en vantera auprès des siens.
Pour le nord-coréen la situation n’est également pas nouvelle du fait de ses origines. C’est déplaisant et cela lui fait peur. Il présente immédiatement ses papiers considérant qu’il doit obtempérer s’il ne veut pas se retrouver en prison, torturé et éventuellement assassiné. La Police a tous les droits et s’il veut s’en sortir sans encombre, il ne doit surtout pas faire d’esclandre, s’exécuter et s’excuser de donner ainsi du travail aux policiers. Il repart, la trouille au ventre quelques jours encore et n’en parle à personne par honte d’avoir été contrôlé.
Une évaluation donnée peut produire des effets très différents selon les individus. Chacun établit inconsciemment un catalogue personnel de ses réactions, dans un contexte de relations qui lui donne une signification particulière.
Les émotions ont donc un rôle central dans toute analyse comportementale. Elles agissent, en rapport étroit et permanent avec nos perceptions et nos choix, sur nos décisions et nos actions.
2) Interactions sociales
D’un point de vue comportemental, l’émotion est un déclencheur qui influence le choix d’un individu.
D’un point de vue socioculturel, les sentiments qui en découlent représentent les dispositions que nous prenons avec nous-mêmes et/ou avec les autres.
Les états émotionnels influencent donc à la fois la dimension personnelle et sociale de l’individu, à travers des liens qui forment les relations et mettent en interaction avec l’environnement.
De ce fait, ils tiennent compte des différences individuelles associées à chacun dans la satisfaction ou la non-satisfaction de ses intérêts :
- Personnels, intégrité physique et psychologique : problèmes de protection ou satisfactions corporelles, satisfaction des besoins élémentaires aussi bien que la sauvegarde de l’estime de soi ;
- Relationnels, liens fondamentaux, familiaux, amicaux, amoureux qui sont à la base de la cohésion des différents groupes sociaux ;
- Sociaux, attentes du respect des normes de la justice et des dispositifs ritualisés qui perpétuent l’ordre social.
Les réponses adaptatives appropriées aux états émotionnels se manifestent selon des critères bien distincts :
a. Les actes réflexes socio-adaptatifs
Ils donnent des indications sur l’état émotionnel d’un individu à travers l’utilisation d’expressions universelles physiques, faciales et vocales. Ces expressions sont toutes les mêmes dans le monde entier et concernent essentiellement des émotions de base instantanément observables comme la peur, la tristesse, la joie, la colère, etc.
Elles permettent d’informer l’environnement de l’état intérieur d’un individu, de ses intentions et également du comportement que l’on attend de lui.
Il s’agit là simplement de conduites musculaires typiques, formées par plusieurs générations successives de réflexes conditionnés et qui traduisent un état émotionnel intérieur.
Par exemple : lorsque l’on est en colère, le ton de la voix est plus élevé, le visage est crispé et parfois tout rouge. Ou lorsque l’on est triste, les coins de la bouche tombent, les yeux sont larmoyants, la voix tremblotante. Etc.
Ces actes reflexes appropriés aux normes sociétales confirment une utilité communicative.
b. Les dissociations émotionnelles
En règle générale, il y a une coïncidence entre un état émotionnel et son expression. Une personne qui a les yeux écarquillés, les sourcils remontés et la bouche en « O », exprime la surprise. Etc.
Toutefois, des expressions peuvent surgir en l’absence d’émotion. Dans la vie courante, de nombreuses mimiques qui accompagnent l’interaction avec les autres, sont souvent dissociées de toute émotion.
Par exemple, vous voyez un nouveau-né, vous souriez et vous dites qu’il est beau.
Cette réaction assez banale, répond à un réflexe sociétal qui ne vous engage pas émotionnellement.
De la même façon, chacun peut facilement extérioriser à la demande une expression donnée sans que cela concorde avec l’état émotionnel ressenti.
Une amie vous marche sur le gros orteil avec le talon de ses escarpins. Vous souriez en lui assurant que bien que cela soit désagréable, ce n’est vraiment pas grand-chose et que tout va bien. Alors qu’intérieurement vous souffrez terriblement et tempêtez contre elle et ses foutues chaussures !
L’expression de votre sourire devra alors être particulièrement convaincante afin que votre amie le perçoive comme étant authentique et ne culpabilise pas de vous avoir fait mal. C’est en cela que consiste le métier d’acteur : extérioriser une émotion qui n’est pas ressentie.
Des dissociations émotionnelles sont donc possibles dans le cadre de contrôle et de manipulation à des fins de convenance ou de dissimulation, selon l’exigence des situations.
c. Les cohérences émotionnelles
Si les expressions physiologiques universelles sont consensuelles, l’aspect subjectif des états émotionnels reste, pour sa part, étroitement lié aux références culturelles et personnelles. Ainsi des individus de cultures très différentes peuvent produire des expressions émotionnelles similaires, même si les connotations individuelles associées aux réactions peuvent être différentes.
L’expression d’un sourire n’a pas la même signification émotionnelle au Japon qu’aux États-Unis. Dans le premier cas, il représente un devoir sociétal de conservation harmonieuse dans les relations. Dans l’autre cas, il établit des relations de confiance, de coopération, un état d’esprit idéal de bien-être.
Bien que les actes reflexes et leurs expressions physiologiques soient appropriés aux normes dans leur utilité communicative, il n’existe pas de cohérence émotionnelle dite « universelles » dans les interactions entre différentes cultures.
d. Les cultures émotionnelles
De l’enfance à l’âge adulte, les émotions organisent les comportements adaptatifs de la vie en régulant les expériences émotionnelles en fonction du contexte social, du climat interactif et des personnes avec lesquelles l’individu est en relation.
C’est pour cela qu’elles ne sont pas définies de la même façon dans toutes les cultures et que leurs expressions ne sont pas les mêmes à travers le monde.
Un Américain manifeste sa joie dans une compétition qu’il aura remportée, alors qu’un Asiatique dans la même situation aura tendance à rester plus réservé, moins démonstratif.
Toutefois, ces expressions émotionnelles prototypées (normes, codes et valeurs) qui servent à la régulation collective de la vie sociale et communautaire, ont un pendant : les intérêts individuels de l’individu.
En effet, le vécu d’une émotion implique l’individu dans son ressenti personnel même si sa réaction reste dans la mesure des conventions.
Par exemple, dans certaines cultures africaines, une maman ne doit pas pleurer la mort de son nouveau-né. La maman devra réprimer sa douleur et reprendre son quotidien comme si de rien n’était. Cette attitude est considérée positivement par sa communauté dans l’ajustement et l’adaptation de la vie avec celle-ci. Pour autant, la tristesse qu’elle éprouve existe biologiquement en elle, même si elle est brimée par les croyances de sa communauté, son groupe, sa culture.
Mais si pour une raison ou une autre cette maman voulait exprimer sa tristesse alors que sa communauté ne l’y autorise pas, elle se retrouverait vite en marge car ses intérêts individuels seraient devenus incompatibles avec les valeurs de la collectivité.
On peut retenir que l’impact des émotions dans les interactions sociales ne peut être appréhendé que dans sa totalité, c’est-à-dire dans les dimensions à même de l’adapter, le contrôler ou l’exacerber : dimensions réflexive, sociale et subjective.
3) Mémoire des émotions
Les émotions font partie intégrante de la mémoire des évènements personnels qui s’inscrivent en elle et font l’objet de souvenirs.
Si nous simplifions le fonctionnement de la mémoire nous pouvons dire que :
- La mémoire à court terme gère le traitement des informations instantanément. Elle est continuellement envahie d’innombrables données quotidiennes. Sa petite capacité l’amène à effacer celles inutiles (nécessaire pour l’équilibre du cerveau afin de ne pas saturer les circuits neuronaux) et transférer aux différentes structures corticales correspondantes, celles qui seront pertinentes et/ou réutilisables pour l’individu.
- La mémoire à moyen terme, analyse et organise les informations que la mémoire à court terme a maintenu. Ces informations encodées sont réparties au sein de vastes réseaux de neurones. Si elles ne sont pas réutilisées, elles seront effacées. En revanche, si elles sont utilisées de façon répétitive, elles sont sauvegardées dans le système cérébral, sous forme de souvenirs.
- La mémoire à long terme, va stocker les souvenirs enregistrés où ils demeureront disponibles à la demande, de manière illimitée.
Si au travers du filtre des émotions, l’attention est captée, le cerveau sera alors sollicité pour consolider cet instant dans le processus mémorial. Or, nous l’avons vu précédemment, chaque émotion est attachée à un nombre de réflexes appris ou innés, tournant autour.
En effet, lorsqu’une émotion est initiée, elle déclenche l’activation d’indicateurs de règles interprétatives et de règles d’inférence associés à cette émotion.
Les états émotionnels stimuler ou amorcer par cette activation agissent comme des filtres interprétatifs de la réalité qui dépendent des processus d’appréciation mémorisés. Ce qui affecte directement la façon dont l’individu analyse, pense et agit.
Par exemple, lorsqu’un individu se remémore une émotion vécue, il aura plutôt tendance à rapporter les interprétations et les évaluations de l’émotion qu’il aura mémorisée.
a. Variabilité et flexibilité des réflexes émotionnels
On peut supposer que les émotions et états émotionnels sont le produit d’interprétations et d’évaluations d’une situation donnée, mémorisée objectivement (analyse cérébrale) et subjectivement (ressenti individuel).
Cette notion fondamentale conduit à une organisation biologique impliquant une constante évaluation des relations avec l’environnement.
Ainsi, lorsqu’une situation est évaluée dans un sens spécifique, elle déclenchera une émotion particulière qui découlera sur un état émotionnel spécifique.
Par exemple, une douleur donnée peut être vécue comme une détresse émotionnelle où une satisfaction, selon le résultat d’évaluation de sa signification subjective.
Ces mécanismes adaptatifs dépendent de la mémorisation antérieure, ancrée dans les structures cérébrales et qui participent entièrement à l’action, dans le présent.
C’est en ce sens que, si les évaluations d’un individu ont changé depuis l’occurrence d’un événement ayant généré une émotion y afférent, l’individu peut modifier ses attitudes en biaisant les souvenirs émotionnels, sur la base des circonstances initiales.
C’est pourquoi, les motivations actuelles peuvent influencer le rappel des attitudes et évènements émotionnels passés.
b. Charges émotionnelles
Généralement, plus une émotion possède une faible charge émotionnelle, moins elle s’inscrit dans la mémoire et s’oublie plus facilement. Il en va de même pour les souvenirs que l’on ne se remémore plus, ils s’effacent d’eux-mêmes avec le temps.
Réciproquement, les souvenirs ayant une charge émotionnelle forte sont conservés très longtemps, parfois toute une vie.
Plus un souvenir est sollicité, plus celui-ci sera mémorisé de façon durable.
Toutefois, ce processus a un pendant pathologique.
En effet, une charge émotionnelle trop intense voir insoutenable (expérience traumatisante ou stress important) entraîne une déformation de l’encodage. Le cerveau ne remplit pas alors les exigences de l’adaptation parce qu’il se produisent des modifications qui demandent une autre adaptation que celles ancrées dans son système de base. Dans ce cas-là, il va bloquer les processus entre l’individu et l’évènement traumatisant afin de maîtriser, tolérer et diminuer l’impact de celui-ci sur son bien-être physique et psychologique.
C’est comme s’il créait un court-circuit pour le protéger. Le souvenir émotionnel mémorisé, présente alors à la fois une amnésie de certains aspects et une hypermnésie d’autres détails. L’individu peut ainsi être hanté par l’évènement, qui revient par flash ou sous forme de cauchemars, pendant des années.
Dans d’autres situations, certains individus développent de façon inconsciente, une stratégie défensive adaptative qui repose sur l’oubli d’une partie des souvenirs ainsi que de l’évènement l’ayant déclenché (amnésie dissociative). Il arrive que les informations, bien qu’oubliées, continuent à influer sur le comportement sans qu’il sache pourquoi il se comporte de telle ou telle autre façon.
Par exemple une personne ayant été mordue par un chien, dans l’enfance, aura une angoisse inexplicable en présence d’un chien, aussi gentil soit-il alors qu’il n’a aucun souvenir d’avoir été un jour mordu par un chien.
Les émotions peuvent donc tout à fait moduler la façon dont une information est mémorisée et inversement.
IV. Conclusion
L’émotion est le stimulus déclencheur dont la perception provoque une cascade de réactions organisées, où chaque phase correspond à une spécialisation des tâches et dépend des résultats de la phase précédente.
Le processus émotionnel comprend des phases extrêmement rapides, automatisées et en grande partie non-conscientes :
- De perceptions significatives qui déclenchent l’émotion ;
- D’évaluations cérébrales sur le bien-être cognitif, physique, psychologique et social ;
- De réponses et d’adaptations physiologiques ;
- De réajustements psychologiques subjectifs.
Dès le départ, l’on pourrait penser que le processus émotionnel est d’ordre spirituel (sans connotation religieuse) en ce sens qu’il fait appel à des perceptions invisibles, inaccessibles. L’esprit capte un ressenti, une sensation qu’il n’arrive pas à expliquer et qui fait naître en lui une émotion.
Mouvement intérieur
L’attribution d’une signification particulière à une émotion, pousse instinctivement l’individu à exécuter des actes adaptés à un but inné de conservation, dont il n’a pas toujours conscience.
Vient ensuite une phase matérielle, qui par l’impulsion du cerveau, rationnalise l’émotion en maniant avec soin l’interprétation des symboles.
L’organisme réagit automatiquement et s’adapte pour maintenir son équilibre.
Enfin, l’individu analyse l’évènement, en prend pleinement conscience et adopte des états affectifs composés d’éléments intellectuels, émotifs ou moraux qui le concerne directement ou concerne les autres.
Le sentiment
C’est là qu’il émerge et se définit selon deux directions : irrationnel et rationnel.
En effet, un sentiment est irrationnel lorsque l’on n’en comprend ni le sens ni la provenance. Nous les éprouvons, les ressentons instinctivement tels qu’ils nous apparaissent et s’imposent à nous. Ce sentiment puise généralement son fondement dans l’inconscient et varie toujours d’un individu à l’autre dans sa forme, son ressenti et son degré d’intensité.
Mais lorsqu’il émerge à notre conscience par un cheminement personnel, on lui trouve une justification logique. Le cerveau le rationalise alors et il prend tout son sens d’autant plus si la science nous explique sa provenance fonctionnelle, biologique ou psychologique.
A partir du moment où l’individu en prend conscience, il y met du sens. Il comprend alors sa provenance subjective et peut rationnellement expliquer son émotion et ses réactions.
1) Evaluation émotionnelle
Tous les êtres vivants réagissent aux émotions quand ils sont placés dans un milieu. Si ce milieu agit significativement sur eux, ils ont une réaction primaire réflexive qui devient le point de départ de leurs mécanismes de défense.
Chaque individu étant doté d’une sensibilité propre, évaluera la situation et ira puiser dans ses souvenirs émotionnels, généralement attachés à un nombre de situations apprises ou innées. Et si une autre personne ou un groupe de personnes partage cette même évaluation, alors ils ressentiront tous la même émotion.
Par exemple, un nombre incalculable de personnes dans le monde, qu’ils soient directement concernés ou pas, peuvent être instinctivement saisis d’une même émotion face à des images ou vidéos de bébés phoques se faisant abattre à coups de gourdins en Alaska ou encore face à la fête des couleurs en Inde (Holi) etc.
C’est en cela que, quelle que soit la partie du globe terrestre, les émotions de base expriment les mêmes évaluations primaires : la joie est la joie, que l’on vienne d’Orient, d’Amérique, d’Afrique ou d’Asie. Elle exprime une satisfaction ; la tristesse, une affliction ; la colère, un vif mécontentement ; le dégoût, une aversion et la surprise, un évènement auquel on ne s’attendait pas. Il en va de même pour la peur qui fait prendre conscience d’un danger et/ou d’une simple crainte, réel ou imaginaire.
Si l’on part du point de départ primaire, ces émotions ne sont ni plus ni moins que des adjectifs qui qualifient des perceptions qui se présentent à nous, dans un même but : celui de nous informer et de nous préserver.
2) Signification émotionnelle
La peur est la peur et n’appartient à personne en particulier.
« Toc, toc, toc… », « Qui est là ? », « C’est la Peur ! »
Jusque-là, rien d’alarmant. L’émotion en elle-même est sans réelle conséquence sur nous, puisqu’elle inter-réagit intuitivement avec notre environnement immédiat. Elle est naturelle et se contente de nous communiquer et de nous informer d’une situation donnée, qui signifie potentiellement un danger pour soi ou pour autrui.
La peur est donc là. Dès lors, nous la prenons à bras le corps et l’intégrons en nous de sorte que tout notre environnement intérieur se fond en elle. C’est comme si nous devenions cette émotion, comme si elle nous habitait.
Il nous faut savoir, en cet instant précis, ce qu’elle signifie pour nous et comment nous y adapter.
La première réaction universelle est la fuite, ce réflexe qui nous fait éluder une situation en nous en éloignant.
Pour autant, tout le monde peut avoir peur mais tout le monde ne réagit pas de la même façon, face à la peur.
Réactions culturelles
En France, Paul a peur des araignées. Il en voit une. Il monte sur une chaise en hurlant, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus dans son champ de vision. En Equateur, malgré sa phobie, Esteban prendra une branche feuillue qu’il posera tout près de l’araignée afin qu’elle grimpe dessus. Il jettera ensuite la branche loin de lui. En Afrique, Fatou prendra sa chaussure et écrasera l’araignée.
Pour Paul, sa réaction est peut-être dû à un film d’horreur de son enfance dans lequel des araignées géantes mangeaient des humains.
Concernant Esteban, ce sera par suite d’une piqûre d’araignée qui lui aurait valu des ennuis de santé et dans sa culture toute vie étant importante, il devra prendre soin de ne pas tuer l’araignée.
Et enfin pour Fatou, par simple superstition car une araignée ne se montre jamais sauf si c’est un sorcier qui en prend la forme pour faire du mal aux autres. Il faut donc la tuer en premier avant que ce soit elle qui le fasse.
Face à cette même émotion, chacun a réagi selon son histoire et ses convictions personnelles, son éducation et ses conditionnements, sa culture et la société dans laquelle il évolue, sa sensibilité et la signification que cette araignée revêt.
Mécanisme adaptatif situationnel
Nous construisons ainsi mentalement un répertoire de réponses émotionnelles qui seront utilisées consciemment ou inconsciemment comme mécanisme adaptatif, pour chaque situation.
Et pour chaque situation répertoriée dans notre mémoire, la place du stimulus est primordiale pour déclencher une émotion. En effet, il est fort peu probable qu’une chose qui nous est indifférente ou sans importance puisse stimuler en nous une quelconque émotion. Mais c’est bien pour des valeurs et des buts qui font échos en nous, que nos émotions sont activées. Il en va de notre bien-être intérieur aussi bien que de nos interactions avec notre environnement.
Ainsi, l’activation d’un certain stimulus donnera-t-elle accès à un souvenir émotionnel, conscient ou inconscient, lié à un évènement particulier qui aura eu un impact sur nous, conditionnant ainsi une catégorie de réactions réflexives qui s’y attacheront.
De ce fait, soit la signification de l’évènement a une très grande importance pour nous et la situation émotionnelle est alors interprétée d’une façon à lui accorder un sentiment fondamental durable. Par exemple, la naissance d’un premier enfant.
Soit la signification de l’évènement revêt une importance toute relative et la réponse adaptative est momentanée. Les états émotionnels que l’on lui accorde apparaissent et disparaissent selon les circonstances ne tenant compte que de la situation globale suggérée. Par exemple, une musique dans un hypermarché qui peut déclencher en nous de la joie liée au souvenir d’un été en Grèce par exemple ou de la tristesse liée au souvenir d’une rupture amoureuse.
Mise en danger
Une troisième possibilité est celle d’un évènement non spécifique qui survient de façon spontanée. Notre réaction est alors déterminée à la fois par l’interaction entre les caractéristiques de la situation et notre humeur au moment de la survenance de l’évènement. La stratégie adaptative sera centrée sur le problème et sur l’émotion dans un but bien précis. Dans le premier cas, les efforts se concentreront en vue de résoudre les effets de l’évènement. Dans le second cas, il s’agira de réguler l’état émotionnel provoqué par le stimulus.
Par exemple, vous retrouvez un groupe d’amis avec lequel vous passez un très bon moment. A table, dès la première bouchée de cette délicieuse salade verte, vous vous arrêtez net. Vous venez de croquer dans une noix et vous y êtes allergique ! Votre premier réflexe est de recracher la salade. Vous vous nettoyer les dents et la bouche à grands jets d’eau. Un comprimé antihistaminique finalise le processus. Vous réalisez alors avec effroi que vous venez d’échapper à une hospitalisation certaine. Cela vous coupe l’appétit. Vous n’aspirerez plus qu’à partir, vous mettre en « sécurité », loin de ce repas et surtout de cet état d’angoisse qui en est désormais emprunt.
Face à un réel danger, il est tout à fait normal d’agir ainsi . Dans l’exemple, il y avait un gros risque de choc anaphylactique.
Et quand on est anxieux, même légèrement, notre cerveau se cristallise sur l’objet de notre anxiété. Ce qui a pour conséquence d’amplifier notre état émotionnel, de telle sorte que l’on va chercher à l’éviter.
Pour autant, l’évènement étant passé, ne peut-on revenir au moment présent qui en soit est fort agréable ? Au lieu de se focaliser sur l’évènement en y revenant sans cesse.
3) Mouvement émotionnel
Étymologiquement, l’émotion est ce qui met l’esprit en mouvement (emovere en latin). L’émotion est donc ce qui impulse le mouvement de l’esprit. Il n’y a donc pas de bonnes ou de mauvaises émotions. Il y a bien des mouvements de l’individu qui répondent à une situation, un évènement, etc.
Cette réponse peut prendre plusieurs aspects :
- Négatifs et destructifs, qui génèrent de la souffrance
- Positifs et constructifs, qui engendrent du bonheur
Dans un sens comme dans l’autre, ses réponses émotionnelles ont toutes un seul et même but : la protection et la préservation de l’individu. Chacun réagit selon les représentations mentales qui sont les siennes et avec les armes dont il dispose. Généralement, nous réagissons qu’à partir du moment où cela évoque en nous une signification émotionnelle particulière, consciente ou inconsciente.
Processus inné d’intérêt personnel
Une fois que l’émotion surgit, elle est le point de départ d’un processus inné. Sa principale motivation sera d’agir dans notre intérêt dans ce qui importe, convient et est avantageux pour nous.
Les conséquences et résultats ne sont pas toujours ceux attendus surtout lorsque l’on s’attache à la répétition des mêmes réactions.
En effet, la nature humaine renforce une tendance lorsqu’elle lui apporte, même provisoirement, un bien-être. C’est plus facile pour elle car elle en connait la finalité immédiate et donc elle pourra la ressortir plus souvent. Si l’on croit fermement qu’agir d’une certaine façon procure un bien-être alors, changer cela occasionnera une véritable souffrance. En réagissant avec les mêmes réflexes, nous amplifions l’intensité de nos émotions pour nous ajuster constamment à une surenchère émotionnelle. Tel un drogué qui augment à chaque fois un peu plus sa dose…
Trop-plein d’émotions
Et lorsqu’en fin de compte notre esprit et notre corps s’épuisent, nous devenons notre propre ennemi.
Les émotions mémorisées et affectées par automatisme à des états émotionnelles prototypés, ravivent inconsciemment les mêmes réactions.
A aucun moment, nos émotions ne nous laissent la possibilité de les modifier. Il nous est impossible de lutter contre elles, ni même de les éviter car elles font intrinsèquement partie de nous. Elles sont cette étincelle qui met en mouvement tout nôtre être. Leurs significations étant une part de notre réalité propre qui change sans cesse, selon nos élaborations mentales.
Ce qui nous mène à une confusion universelle : nous finissons par nous identifier totalement à nos émotions. Or, « Nous » ne sommes pas nos émotions. Elles font partie de ce que nous sommes et des perceptions de notre esprit, sans aucune consistance propre. Leur impact sur nous réside dans les interprétations subjectives que nous donnons aux choses de la vie.
4) « Pense bien, tout ira bien »
Dans ce cas, ne pouvons-nous pas donner d’autres interprétations aux évènements et/ou situations en modifiant nos points de vue ? Par exemple, plutôt que d’imaginer qu’une personne agit contre nous, penser qu’elle agit pour elle-même, dans son propre intérêt.
Ainsi, ne nous sentons pas systématiquement « agressé » ou même « personnellement attaqué » par cette personne.
Plus nous nous accoutumons à cette pensée, plus nous modifierons significativement notre schéma mental. Les tendances du processus émotionnel qui y seront liées, s’adapteraient à la longue à la nouvelle pensée. C’est un trait de caractère qui se transformera en nous pour devenir un automatisme.
« Pense bien, tout ira bien » utilisée en Mantra, permet de prendre du recul sur les interprétations actives que nous faisons.
Il est donc tout à fait possible de changer nos perceptions, nos émotions et nos états émotionnels.
Mon amie, Marie, me raconte souvent cette histoire du jeune moine bouddhiste. Sa mission est de porter ce plateau à son maître sans en renverser une seule goutte. Des enfants surgissent soudainement de derrière un mur devant lui et crient « Bou ! ». Le moine ne bronche pas et continue son chemin jusqu’à un muret ou il pose son plateau. Il se retourne alors vers eux, sursaute brusquement et posant sa main sur son cœur, cri : « Ah ! Vous m’avez fait peur ! »
Il a absorbé l’émotion lorsqu’elle est apparue et l’a laissée vivre ensuite…
5) Mon approche de la gestion des émotions en Sophrologie
Dans un premier temps, il s’agit de se concentrer sur la raison de la consultation. En effet, dans le cadre d’une émotion négative, il est nécessaire d’apaiser la détresse émotionnelle provoquée par le stimulus. Ou tout simplement, dans le cadre d’une émotion positive, de prolonger et d’entretenir durablement les ressentis.
C’est ce que je défini comme étant la gestion des émotions.
Dans un second temps, d’adopter une approche axée sur la prise de conscience des différentes connotations données aux émotions. Cela permet de les vivre, non plus, sous l’emprise du processus automatisé mais en toute liberté.
C’est ce que je défini comme étant la libération émotionnelle.
Pour moi, il n’y a pas de « bonnes ou mauvaises, négatives ou positives » émotions. Il y a des réactions émotionnelles réflexives qui s’imposent à nous et nous contraignent à des interactions avec notre environnement. Ces qualificatifs étant totalement subjectifs.
SOURCES
PS : nombreux ont été les éléments passionnants que j’ai lu pour écrire cet article. En voici quelques exemples :
Les Émotions : Tour d’horizon des principales théories – Véronique Christophe
Hippocampe : chef d’orchestre au plus profond de notre cerveau
Le cerveau sous le coup de l’émotion (Campus n° 129, Université de Genève)
Le cerveau, fabrique de nos émotions – Cité des sciences et de l’industrie – Rencontre avec : Carine Dautrey, Philippe Fossati, Denis Peschanski.
Émotion et psychothérapie : L’influence des émotions dans la société – Pierre Philippot
Interactions sociales et réponses émotionnelles – Jacqueline Deguise-Le Roy
Comprendre la mémoire de travail – Neuropsychologues à la rédaction : Degiorgio C., Van den Berge D., Watelet A.
In P. Philippot. (2007). Emotion et psychothérapie (pp.11-64). Wavre : Mardaga
Psychologie des émotions : Confrontation et évitement – Olivier Luminet
Qu’est-ce que l’esprit ? Le point de vue d’un anthropologue
Émotion et psychothérapie: L’influence des émotions dans la société – De Pierre Philippot
Variations émotionnelles et mémoire : principaux modèles explicatifs – Y. Corson
Mémoire – Une affaire de plasticité synaptique – Inserm
L’être humain a en réalité neuf sens (et non 5) – Emmanuelle Ringot
LIVRE – Cerveau et méditation. Dialogue entre le bouddhisme et les neurosciences – Matthieu Ricard, Wolf Singer
LIVRE – Les états d’âmes – Christophe André
LIVRE – Psychologie des émotions et des sentiments – Jacques Cosnier

