Le plaisir est un état affectif agréable, durable, que procure la satisfaction d’un besoin, d’un désir ou l’accomplissement d’une activité gratifiante. Faut-il donc le rechercher, le satisfaire, le doser ?
La quête du plaisir
L’hédonisme
L’hédonisme est une doctrine philosophique selon laquelle la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir forment des impératifs catégoriques.
D’après Michel Onfray, l’hédonisme peut se résumer par cette maxime de Nicolas de Chamfort, poète, journaliste, moraliste : « Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà, je crois, toute la morale ».
Retenons ici, qu’à l’époque le terme « jouir » était relatif au fait de « prendre plaisir » sans aucune connotation sexuelle.
La conception du plaisir
L’hédoniste qualifie donc, toute personne qui prend plaisir aux choses de l’existence et les partage, dès lors qu’elles lui procurent un bien-être optimal qui ne cause du tort ni à lui-même, ni à personne d’autre.
Les fondations directes d’une philosophie hédoniste sont la curiosité et le goût pour l’existence d’une part, et d’autre part pour l’autonomie de pensée (et non la croyance), le savoir et l’expérience du réel (au lieu de la foi).
Par ailleurs, il y a plusieurs formes d’hédonisme (lucrécien, sadien, cyrénaïque, épicurien, etc.), selon la conception du plaisir pour chaque individu. On peut toutefois noter, des thèmes communs à chacun tels que : l’amitié, la tendresse, les plaisirs de la table, la conversation, la noblesse d’âme, le savoir et les sciences, la lecture, la pratique des arts et des exercices physiques, le bien social, etc.
Dans le même temps, les douleurs et les déplaisirs à éviter sont les relations conflictuelles et la proximité des personnes nocives, le rabaissement et l’humiliation, la soumission à un ordre imposé, la violence, les privations et les frustrations justifiées par des fables, etc.
Il n’y a donc pas d’hédonisme sans discipline personnelle, sans ascèse, sans connaissance de soi et de ses limites, du monde et des autres.
1. La doctrine cyrénaïque du plaisir
Selon les Cyrénaïques, le plaisir est le souverain bien, la fin de la vie humaine.
Ils définissaient deux états fondamentaux :
- Le plaisir : mouvement lisse qui ne diffère pas d’un plaisir à l’autre. Il n’y a donc pas d’objet plus plaisant qu’un autre.
- La douleur : mouvement rugueux, répulsif.
Le plaisir que les Cyrénaïques prennent comme fin est celui du corps. Cette fin diffère du bonheur et est choisie pour elle-même, dans un contexte de recherche de plaisir particulier. Il est inné et nous ne pouvons que nous y soumettre. Aussi devons-nous faire avec et adapter nos actions aux biens qu’il nous procure.
En effet, même si la notion du bien est relative à chaque individu, il n’en reste pas moins que le plaisir (déplacé ou pas) est choisi pour lui-même et est par conséquent un bien dans le désir qu’il satisfait. Dès l’instant où nous faisons l’expérience de ce plaisir, nous passons le reste de notre vie à le rechercher pour chaque désir que nous avons et à éviter la douleur et la souffrance, qui en sont les contraires.
La notion du bonheur
Par ailleurs, un bonheur n’est rien d’autre qu’une somme de plaisirs particuliers (passés ou à venir) et on ne peut pas mettre un bonheur futur au-dessus d’un plaisir actuel. Le plaisir est alors toujours l’objectif présent d’une action, même si cette fin est relativisée et se modifie dans le temps.
Les Cyrénaïques admettent une distinction entre plaisirs du corps et plaisirs de l’âme. Ils trouvent ces derniers « ennuyeux » si l’on ne base son bonheur qu’à la seule notion d’une sagesse philosophique et accordent plus d’importance aux premiers (purement sensoriels) qui nourriront immanquablement l’âme.
En somme, l’accumulation des plaisirs présents, quels qu’ils soient, ne doit avoir pour seul objectif que la production du bonheur et non de maux.
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A retenir du Cyrénaïsme
- Fondateur : Aristippe, disciple de Socrate
- Pendant de l’hédonisme
- Définition : « le plaisir est le souverain bien, la fin de la vie humaine »
- Mode de vie : l’existence du bonheur réside dans l’assouvissement des plaisirs
- Plaisirs cinétiques : plaisirs en mouvement
2. Le plaisir philosophique de l’épicurisme
L’épicurisme est axé sur la recherche d’un bonheur et d’une sagesse dont l’objectif ultime est l’atteinte de l’ataraxie. La douleur et la souffrance n’ont donc pas de place dans cette philosophie.
Le bonheur est ici étroitement lié au plaisir de répondre à un besoin nécessaire qui revient de façon cyclique, identique et quelque soit la personne.
Son fondateur, Épicure enseigne que la satisfaction des désirs produise de la douleur et de la souffrance, car les désirs sont, contrairement au besoin, changeants et à chaque fois focalisés sur un objet précis.
Il qualifie donc les désirs comme objet d’un calcul en vue d’atteindre le bonheur et les classe selon qu’ils soient :
- Naturels et nécessaires : pour le bonheur (ataraxie) ; pour la tranquillité du corps (aponie) ; pour la vie (nourriture, sommeil) – Représentation du besoin vital.
- Naturels et non nécessaires : variation des plaisirs, recherche de l’agréable, du confort
- Vains et artificiels : courir après la richesse, la gloire, les honneurs
- Vains et irréalisables : rechercher l’immortalité, éviter la vieillesse
De ce fait, la satisfaction de certains désirs est-elle à éviter dès lors qu’elle est la cause, à long terme, de douleurs et de souffrances inutiles.
Plaisir et remèdes
Pour autant, Épicure reconnait que l’atteinte de certains plaisirs passe nécessairement par de grandes douleurs ou souffrances et amène, in fine, au bonheur suprême.
Pour lui, il y a deux formes de plaisirs :
- Le plaisir statique : état physiologique et psychologique ou l’on est libéré des douleurs, souffrances et où l’on a atteint l’ataraxie
- Le plaisir mobile : état dans lequel l’on est emprisonné dans des plaisirs éphémères, qui reviennent sans cesse et dont on est dépendant
Il crée alors le quadruple remède qui éviterait les maux qui accablent l’existence des Hommes tels que : la crainte des dieux et de la mort, la croyance que le bonheur est inaccessible et la douleur, insupportable.
Ce quadruple remède, nommé Tétrapharmakos guérit les souffrances de l’âme dès lors que l’on prend conscience que :
- Il n’y a rien à craindre des dieux qui vivent dans l’ataraxie. Ils apportent de l’espérance aux Hommes et n’interviennent pas dans leurs vies pour ne pas gâcher leur propre bonheur.
- Il n’y a pas à craindre de la mort car elle prive de toute sensation, qu’elle soit bien ou mal
- Chacun peut vivre le bonheur à condition de n’être pas dépendant des plaisirs qui les lui procurent.
- La douleur et la souffrance sont supportables car elles sont momentanées et toujours suivi d’un plaisir
Pour l’épicurien, la maîtrise des désirs mène au dépassement de soi et tend vers une vie où, quoique le monde lui présente qui ne lui soit pas nécessaire, l’individu demeure maître de lui-même dans la mesure ou cela lui procure le moins de déplaisirs possible.
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A retenir de l’Épicurisme
- Fondateur : Épicure
- Pendant de l’hédonisme
- Définition : « Le plaisir réside dans la satisfaction des seuls plaisirs naturels et nécessaires, pour l’atteinte de l’ataraxie »
- Mode de vie : répondre sereinement aux besoins dès lors qu’ils ne mènent pas aux déplaisirs
- Plaisirs catastématiques : plaisirs en repos, plaisirs sereins
Le principe de plaisir
L’ambivalence du désir
Pour Platon le cercle vicieux du désir représente le retour infini du manque.
Dans son livre Le Gorgias, Calliclès affirme qu’il suffit, pour être heureux, de consacrer sa vie à satisfaire continuellement ses désirs quand ils se présentent – surtout si l’on a les moyens – sans se préoccuper des principes moraux. En effet, pour lui les principes moraux créent des frustrations, des insatisfactions et donc des déplaisirs. On ne peut pas, dans ces conditions, espérer atteindre le bonheur en luttant contre ses désirs. Intempérance
Socrate (son interlocuteur) n’adhère pas à cette conception. Il la compare à l’éternel remplissage d’un récipient troué, qui générerait des insatisfactions et des souffrances permanentes. En effet, un désir satisfait amène fatalement à un nouveau désir. C’est intrinsèque à la nature humaine. Aussi, si l’on souhaite atteindre le bonheur, il faut éviter les souffrances permanentes et donc lutter contre les désirs qui en sont la source. Le bonheur réside, dans cette perspective, à l’atteinte de l’ataraxie. Ascétisme
En réalité, Platon prône dans ces deux extrêmes la tempérance (prudence, modération et sobriété), qui consiste à distinguer les désirs et leurs degrés de satisfaction.
Le but n’est pas de renoncer au désir, mais de trouver un juste milieu entre l’ascétisme et l’intempérance (Manque de retenue, excès dans la manière de vivre, d’agir ou de penser.)
Le calcul de l’action du plaisir
Jeremy Bentham défend une morale pragmatique construite sur la motivation évidente de l’action humaine, la recherche du bonheur : une action est donc utile si elle augmente le bonheur.
La pensée de Bentham part du principe que les individus ne conçoivent leurs intérêts que sous le rapport du plaisir et de la peine. Chaque action possède des effets négatifs et des effets positifs, et ce, pour un temps plus ou moins long avec divers degrés d’intensité ; il s’agit par conséquent pour l’individu de réaliser celles qui lui apportent le plus de bonheur. Il donnera le nom d’Utilitarisme à cette doctrine.
Bentham a mis au point une méthode, « Le calcul du bonheur et des peines », qui vise à déterminer scientifiquement – c’est-à-dire en usant de règles précises – la quantité de plaisir et de peine générée par les diverses actions.
Ces critères sont au nombre de sept :
- Durée : Un plaisir long et durable est plus utile qu’un plaisir passager
- Intensité : Un plaisir intense est plus utile qu’un plaisir de faible intensité
- Certitude : Un plaisir est plus utile si on est sûr qu’il se réalisera
- Proximité : Un plaisir immédiat est plus utile qu’un plaisir qui se réalisera à long terme
- Étendue : Un plaisir vécu à plusieurs est plus utile qu’un plaisir vécu seul
- Fécondité : Un plaisir qui en entraîne d’autres est plus utile qu’un plaisir simple
- Pureté : Un plaisir qui n’entraîne pas de souffrance ultérieure est plus utile qu’un plaisir qui risque d’en amener
Les quatre premiers sont propres au plaisir, tandis que les trois derniers sont plutôt liés à l’acte qui le vise.
Théoriquement, l’action la plus logique sera celle qui réunit le plus grand nombre de critères.
En d’autres termes, une action est bonne si et seulement si ses conséquences le sont.
Le plaisir psychique
Freud part du constat selon lequel l’homme tend congénitalement à rechercher la satisfaction de ses désirs, laquelle correspond à la décharge d’une pulsion.
Il en déduit, dans son étude du plaisir sexuel, que la vie psychique vise fondamentalement le plaisir : « Toute l’activité de l’inconscient, c’est-à-dire du psychisme, tend vers le plaisir et fuit le déplaisir. L’inconscient est régi, dit Freud, par le principe de plaisir. Il n’en connaît pas d’autre. Mais la vie en société, le travail, l’unité même de notre personnalité ne seraient pas possibles si ce principe dominait. Nous ne vivrions que dans le présent, poursuivant à la fois la satisfaction de tous les désirs, ce qui est impossible, et dans un égoïsme forcené. L’inconscient doit donc continuellement être refoulé, mais aussi utilisé, canalisé, puisqu’il représente la source de toute l’énergie psychique que nous possédons, au profit d’un autre principe, le principe de réalité. La réalité signifie le contraire de l’inconscient : le choix, la patience, la permanence et la succession dans le temps, la construction des œuvres et l’établissement de relations humaines durables. » (Introduction à la psychanalyse – Analyse critique).
Ainsi, le principe de plaisir commande la réalisation la plus rapide de toutes les pulsions, conscientes ou inconscientes, de l’individu.
Plaisir et réalité
Toutefois, en présence des difficultés extérieures et selon l’intensité du ressenti, sa réalisation peut paraître impossible ou même dangereuse pour le bien-être de l’individu.
Dans ce cas, le principe du plaisir cède la place au principe de la réalité. Sans renoncer au but du plaisir, il en assure la réalisation en différant sa satisfaction, quitte à passer par un déplaisir momentané.
Selon Luc Ferry : « Le principe de réalité n’est pas du tout le contraire du principe de plaisir, c’est le même. Il suffit simplement de tenir compte de la réalité… »
Plaisir, désir, déplaisir…
La recherche du plaisir est inévitable car elle est intrinsèque à chacun. Elle répond à la satisfaction de nos désirs dont elle est, in fine, la réponse gratifiante.
Si l’on part d’un point de vue simpliste, sans entrer dans une considération philosophique, l’on pourrait affecter une chronologie du plaisir, à la vie de chaque individu.
Enfance
Généralement, à la naissance, on est dans la notion de plaisir simple et frugal.
Le bonheur réside alors, dans le fait que les pulsions trouvent immédiatement satisfaction par le biais des parents.
Lorsque l’on est en âge de prise de conscience de soi-même et de son environnement, on expérimente la frustration comme passage nécessaire dans le principe d’éducation.
Ces deux étapes sont placées sous le signe d’Épicure. Le plaisir réside dans la satisfaction d’un désir naturel et nécessaire pour le développement.
Adulte
Ensuite, jeune adulte, tel Calliclès, on court après tous les plaisirs quitte à le payer d’un déplaisir. Peu importe ! Les frustrations de l’enfance sont à satisfaire et la jeunesse du corps est en mesure d’y faire face. Alors pourquoi se priver si l’on a les moyens de répondre à ses désirs ?
Dans la force de l’âge, les plaisirs sont moins frénétiques et l’on paie chèrement chaque déplaisir avec un corps qui en fait régulièrement les frais.
On passe alors du principe du plaisir de la jeunesse, au principe de réalité de l’âge en acceptant la frustration non plus comme une ennemie mais plutôt comme un acte intelligent.
C’est à ce moment-là que Bentham prend toute sa place.
A l’âge mure, il n’y a plus aucun doute. On prend clairement conscience des ravages sur le corps des déplaisirs postérieurs au plaisir.
Pour le soutenir et le conserver le plus longtemps possible en bon état, l’on fait le calcul des actions dans la recherche du plaisir.
La tempérance de Platon nous guide alors. L’on prend du recul sur ses désirs que l’on mesure désormais, en essayant toutefois de ne pas tomber dans une fin de vie sans mouvement et tristement déplaisante.
Chaque action qui conduit au plaisir doit avoir un seul et unique but : la conservation de la santé et du bien-être. L’objectif principal en est la recherche du bonheur !
Avertissement : n’étant pas philosophe mais passionnée par le sujet, je me suis appuyée sur des recherches pour écrire cet article. Je me suis donc entièrement basée sur des écrits ou des audios, qui allaient dans le sens de cet article. Pour certaines phrases, je n’ai pu faire autrement que de les reprendre intégralement. Le but étant de ne pas dénaturer les propos de ceux qui les ont écrit. Elles décrivaient, par ailleurs, avec beaucoup de justesse ma propre compréhension du sujet.
SOURCES
Michel Onfray : Les Désirs, les Plaisirs, l’Épicurisme et l’Hédonisme

